Axelle Dubau-Prévôt : 
«Il n’y avait plus de plaisir»

Axelle Dubau-Prévôt est de retour. La jeune champenoise de vingt ans est loin d’être une inconnue dans les pelotons. Lauréate de la Coupe de France de cyclo-cross chez les cadettes, elle raccroche en mars 2014. Mais cet hiver, Dubau-Prévôt décide de renouer avec la compétition. Entretien.

Axelle Dubau-Prévôt a dû faire face à l'échec

Qu’est-ce qui peut bien motiver une jeune cycliste de 17 ans à arrêter sa «carrière» ? Pas toujours facile de mettre des mots sur ses maux. Il a fallu du temps à Axelle Dubau-Prévôt pour y parvenir. «Trois ans après, cette question m’effraie encore, reconnait l’intéressée. Je me contentais de dire que j’en avais marre, que je voulais faire autre chose que du vélo… C’est difficile d’avouer ses faiblesses.»

«Jusqu’ici, j’avais toujours été la soeur de Pauline Ferrand-Prévôt !»

Tout bascule sans doute au cours de l’hiver 2010-2011. Axelle a 14 ans. Elle débarque chez les cadettes. Découvre la Coupe de France de cyclo-cross, encore appelée Challenge National. Elle n’est que première année dans sa catégorie et pourtant, la sociétaire de l’AC Bazancourt Reims remporte le classement général. Avec deux succès dans la besace : Miramas et Saint Jean de Monts.

«Quand je passe la ligne d’arrivée, ce jour-là, je ne réalise pas en premier que j’inscris mon nom au palmarès. Je me dis que je serai la première de la famille à ramener le maillot à la maison. Jusqu’ici, j’avais toujours été la «soeur de Pauline Ferrand-Prévôt». Là, j’avais l’opportunité d’être reconnue pour ce que j’étais moi.» Axelle Dubau-Prévôt

Axelle Dubau-Prévôt vainqueur du challenge national de cyclo-cross à Miramas
Axelle Dubau-Prévôt remporte le challenge national de cyclo-cross à Miramas, chez les cadettes.

 

«J’avais perdu la passion…»

Début janvier 2011, le championnat de France se tient à Lanarvily, dans le Finistère. Au même titre que Manon Bourdiaux, la lauréate sortante, Axelle Dubau-Prévôt fait partie des favorites. Mais rien ne se passe comme prévu. Elle termine cinquième. «Un jour sans. Mon rêve de titre s’envole. Ces trente toutes petites minutes de course m’ont coûté bien plus qu’une médaille et un maillot tricolore». Quelques années plus tard, elle prend conscience que le plaisir ne l’anime plus. «Je ne cherchais plus que le résultat pur. J’avais perdu la passion… et peut-être une petite partie de moi avec, se remémore la Champenoise. Je sentais le besoin impératif de me retrouver. De savoir qui j’étais et ce que je voulais faire de mon avenir.»

Mars 2014. Axelle Dubau-Prévôt met fin à ce qu’elle appelle sa «petite carrière» après avoir enchaîné échecs et erreurs de parcours. Elle perd tout contact avec le sport. «Pourquoi faire du sport si tu ne fais pas de compétition ?» s’interroge l’adolescente d’alors. «Puis un jour, je suis montée sur la balance. J’ai eu la réponse à ma question…» Six mois après avoir tout arrêté, le point est fait et le sport retrouve sa place dans le quotidien d’Axelle. «Je ressentais le besoin de changer d’air, de découvrir d’autres choses que le vélo.» C’est dans le trail que la jeune femme trouve son bonheur et renoue avec le goût de l’effort. L’envie et la passion reviennent. Le besoin de se surpasser réapparait. Le vélo, lui, reste au garage. «Quand tu as pratiqué le cyclisme avec ambitions pendant dix ans, vient un jour où vélo rime avec mauvais souvenirs.» concède l’intéressée.

Nouveaux départs dans le Sud

30 octobre 2016 – La Canourgue. Lozère. Axelle Dubau-Prévôt, 20 ans, accroche un dossard sur sa combinaison et signe ainsi son retour à la compétition. Quelques mois plus tôt, Lucie Chainel, double championne de France de cyclo-cross et médaillée de bronze mondiale, l’interpelle. «Axelle, on t’attend sur ton vélo. C’est un bel objectif personnel qui te bougerait.» De quoi gamberger. «J’ai cogité pendant des jours. En silence. Un beau matin, je me suis décidée. 17 jours plus tard, j’étais à La Canourgue avec mon dossard.» raconte la désormais Cévenole.

«Lorsque tu stoppes si brutalement la compétition, beaucoup de choses te manquent : l’ambiance sur le bord des circuits, l’appréhension de la course, la préparation d’un objectif, le goût du sang dans la bouche, le picotement dans les cuisses, le coeur qui s’accélère… Et puis ton nom dans les classements. Plus jeune, je n’avais pas forcément su gérer les moments difficiles que j’avais rencontré. Revenir à la compétition impliqué de nouvelles rencontres avec ce genre de moments mais je n’appréhende pas ce jour-là.»

Au fin fond de la Lozère, Axelle ne renoue pas seulement avec la compétition. Elle décide de rejoindre le club du Boulou, la plus grosse formation féminine du Languedoc, dirigée par Stéphane Roger. «Il a été l’homme de la situation. J’ai discuté avec lui et il m’a fait part de sa vision des choses. Il m’a comprise. Je savais que m’engager à ses côtés était le bon choix. C’est important de sentir que quelqu’un croit en toi et te fait confiance. À moi de lui prouver qu’il avait raison.»

Axelle Dubau-Prévôt lors de la Coupe de France de cyclo-cross, à Nommay, en décembre 2016

«Je ne suis plus la même qu’à l’époque»

11 décembre 2016 – Nommay. Théâtre de la finale de la Coupe de France de cyclo-cross, le chantier franc-comtois ne laisse pas de place à l’improvisation. La bataille chez les Élites femmes tourne à un duel entre Perrine Clauzel et sa petite soeur Hélène. Plus loin, Axelle termine 28e de l’épreuve. À quatre minutes des leaders. «Étonnamment, j’ai pris du plaisir. Du début à la fin. Sur la ligne de départ, je me suis quand même demandé ce que je faisais là… mais j’ai fait le bon choix, reconnait la Languedocienne. Disputer une Coupe de France, deux mois après avoir repris l’entrainement… Tu sais à quoi t’attendre. Je savais que ce serait éprouvant, que la claque reçue serait difficile à digérer. C’était, pour moi, une course comme les autres. Un entraînement de plus pour préparer l’avenir. Un bon exercice physique et mental.»

Dans son douillet cocon des Cévennes, parfois, la jeune femme vient à revoir des photos du passé. Sa victoire à Miramas, en novembre 2010, sur le Challenge National de cyclo-cross, ressurgit. Six ans plus tard. «C’est mon plus beau souvenir. Ma première vraie victoire. J’avais 14 ans à l’époque. C’est le passé. J’ai l’impression que c’était une autre personne sur la photo. J’ai parcouru tellement de chemin depuis. Mentalement, physiquement, je ne suis plus la même qu’à cette époque. Je ne garde en moi que le positif de cette époque. Ça me motivera pour l’avenir mais je ne laisserai jamais les démons du passé refaire surface.» martèle-t-elle déterminée.

Désormais, Axelle profite de la douceur cévenole pour découvrir son nouveau terrain de jeu. «J’ai pu rouler en «court» jusque fin novembre et parfois, je ne croise pas une seule voiture de toute la sortie. Il y a des choses auxquelles l’on s’habitue vite.» Mais la petite soeur de Pauline Ferrand-Prévôt ne fait pas que s’entrainer. Inscrite dans une formation, elle espère devenir diététicienne. «Une sorte d’évidence pour moi, qui accorde depuis quelques années, beaucoup d’importance à la nutrition et à la santé au quotidien.» À défaut de retrouver l’équipe de France en tant qu’athlète, peut-être qu’Axelle Dubau-Prévôt intégrera la fédération en tant que diététicienne. Une jolie perspective.

Par Josselin Riou
@josselin_riou

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