Damien Gaudin rêve toujours de Roubaix

Dimanche 26 février, la Vallée de la Loire. 79e édition. Depuis 1935, et la victoire d’André Joyeux, cette classique s’est imposée dans le paysage cycliste ligérien. Une longévité à toutes épreuves qui fait la renommée de l’épreuve. Sur ses terres, Damien Gaudin, s’est imposé avec brio et panache. À la Gaudin. Sur le 53×11. Récit.

Il y a de ces courses plus animées que d’autres. Forte d’un plateau de qualité, avec les habituels Vendée U et UC Nantes, la Vallée de la Loire pouvait aussi compter sur la présence du CM Aubervilliers 93, de Cholet, l’APOGE, Perigueux Dordogne ou de l’Océane U Top 16 et son champion de France Amateurs du contre-la-montre : Yoann Paillot. Sans oublier les individuels : Damien Gaudin (Armée de Terre) et la pépite Tanguy Turgis (BMC Development), digne héritier de sa fratrie.

Damien Gaudin à terre, l’échappée file sans lui

Rapidement, une première échappée se forme. Elle compte jusqu’à une minute d’avance mais le le peloton réagit. Damien Gaudin en première ligne. Pourtant esseulé dans sa tenue de camouflage, le local, il habite à Ancenis à tout juste 15 kilomètres du parcours, prend la tête des opérations. Jusqu’à Roche Blanche, où dans un virage, l’ancien coureur d’AG2R-La Mondiale glisse. Les quatre fers en l’air, amoché côté gauche. Il repart, sans paniquer et revient peu avant Couffé alors que la course s’emballe.

En franchissant la Loire, 17 coureurs sortent du peloton. Parmi eux, Vendée U et Nantes sont bien représentés. Tanguy Turgis est parvenu à se projeter à l’avant. Alors que les premières difficultés se profilent à l’horizon, la bonne échappée semble avoir pris la poudre d’escampette. Trois coureurs assureront la jonction parmi lesquels Valentin Madouas, maillot tricolore de champion de France Amateurs sur les épaules, et Franz Taruia Krainer, un Vendée U de plus à l’avant.

Gaudin : le réveil de la force !

L’avance de l’échappée croît alors que les chutes se multiplient dans le peloton. Sur une route détrempée, les coureurs s’empilent dans la descente de La Varenne. Au pied du mur de Mauves, qui affiche des pentes maximales à 16%, les fuyards comptent 1 minute 30 de marge. Juste assez pour que Damien Gaudin réagisse. «C’était quitte ou double à ce moment-là ! Je connaissais les routes par coeur. Il fallait sortir ici et boucher le trou avant Oudon car ensuite, tu changeais de direction et seul contre 15, c’était plié.» Aucun problème pour l’ancien vainqueur de Paris-Roubaix Espoirs – en 2007 – et spécialiste de la piste qui cumule pas moins de dix titres nationaux – poursuite, poursuite par équipes et américaine. L’exercice de soliste qui l’attend ne l’effraye pas.«Quand je sors, je sais qu’il y a trois bosses. Si tu les montes en PMA, normalement, l’échappée ne devrait pas se mettre minable. Ils vont rouler sans être à bloc. Quand j’ai vu les directeurs sportifs me remonter pour rejoindre les échappés, j’ai pensé qu’ils allaient donner l’ordre d’accélérer pour que je ne puisse pas rentrer. Mais non. Quand je reviens à l’avant, j’ai immédiatement passé mes relais, comme tout le monde. J’ai collaboré. C’est sur le circuit que ça a explosé.» Damien Gaudin est donc rentré. Seul.

À ce moment-là, ils sont une petite vingtaine devant et huit tours de huit kilomètres restent à parcourir. Les organismes sont encore frais mais une chute vient désorganiser l’échappée. «J’ai viré à bloc dans un virage et j’ai senti que ça s’empilait derrière moi !» raconte Tanguy Turgis, 18 ans, à l’arrivée. Damien Gaudin, lui, passe encore une fois entre les gouttes mais doit produire un énième effort pour recoller avec le bon wagon. «J’ai laissé pas mal de cartouches tout au long de la course mais j’espérais en avoir encore quelques unes pour le final. Je sentais que tout le monde était cramé dans le final par le vent, la distance. Fort de mon expérience, je ne me suis pas affolé. J’attaque à trois tours du final, à 25 kilomètres de l’arrivée. Ce n’était pas prévu.» témoigne le grand Gaudin, presque deux mètres sous la toise.

«Pas de petite course, de petite victoire»

Alors que l’organisation se détériore à l’avant, le militaire attaque. «Je n’ai pas trop de giclette alors je voulais éviter que ça s’attaque trop.» explique-t-il. Anticiper pour mieux contrôler. Seul Mathieu Burgaudeau (Vendée U), s’accroche. «Il est à 30-40 mètres alors je l’attends. Ça aurait été un autre coureur, je l’aurais attendu de la même manière. C’est toujours mieux à deux que seul et tu sais que ça fait un coureur de moins à rouler derrière toi.» détaille Damien Gaudin dont la force et l’aisance en tête de course font l’unanimité parmi le public. «Nous nous sommes bien entendus jusqu’à se jouer la gagner à la pédale dans les 300 derniers mètres. Il n’y a pas de petite course, de petite victoire. Je suis très heureux de m’imposer aujourd’hui. J’ai pourtant pas super bien entamé la journée mais j’ai su me reprendre et c’est important.» note celui qui sort des rangs World Tour et qui se sait regarder dans le peloton. «Quand tu bouges, tu as plus facilement des mecs qui viennent te chercher mais c’est normal, c’est le jeu. Lorsque j’étais un jeune du Vendée U et que des grands noms attaquaient, j’allais aussi les chercher.»

«Je rêve toujours de Paris-Roubaix»

Ancien de Bouygues Télécom et d’Europcar, formé au Vendée U, le natif de Beaupréau se relance au sein de l’Armée de Terre, au niveau continental, le plus bas niveau professionnel. Loin des fastes du Tour de France, qu’il a connu en 2015 et du calendrier World Tour, Damien Gaudin prend du plaisir. «Le vélo, ça peut aller très vite. Est-ce que j’ai envie de revenir en World Tour ? Pas pour le moment. Je m’épanouis avec l’Armée, avec des jeunes que j’ai envie de voir progresser. L’équipe a un beau projet pour passer en Continentale pro pour 2018 et j’ai été recruté pour ce projet. Vous risquez de me voir entre trois et cinq ans sur un vélo.» lâche l’ancien vainqueur d’étape sur Paris-Nice qui continue de rêver de Paris-Roubaix. «La gagner est mon rêve. Une course comme le Nieuwsblad, je peux la regarder à la télévision. Pas Roubaix !» tranche le première classe.

Après un petit tour chez l’ostéopathe, lundi, pour se remettre de sa chute, Damien Gaudin est regonflé à bloc. Ce mercredi, il est au départ du Grand Prix Samyn avec des ambitions. «J’ai la forme en ce moment, je vais essayer de bien courir pour faire parler de moi sur ce Samyn.» Les pavés, le vent, le froid, les classiques. Tout ce qu’il aime.

Par Josselin Riou

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