Euskaltel : une fin de vie, vue de l’intérieur

Euskaltel : une fin de vie, vue de l’intérieur

Par Josselin Riou

L'équipe Euskaltel aura vécu pendant 20 ans.

Le cyclisme n’est pas football. Les qataris n’investissent pas (encore !) dans le monde de la petite reine. Il est donc l’heure de dire au revoir aux bretons de chez Sojasun, aux néerlandais de Vacansoleil et aux basques espagnols de la Euskaltel. Malgré la présence de certains grands noms du cyclisme comme Samuel Sanchez (champion olympique en 2008 à Pékin), l’équipe ibérique n’a pas trouvé de repreneur. Luis Lamas, mécanicien de la formation Euskaltel-Euskadi a répondu, en exclusivité, aux questions de La Gazette Des Sports.

Euskaltel tourne la page

Deux ans chez Orbea, la réserve professionnelle d’Euskaltel, puis sept au sein de l’équipe World Tour. Luis Lamas aura été fidèle à l’équipe d’Igor de Galdeano. Il s’est confié à nous et revient sur les moments marquants de sa carrière de mécanicien.

« Chez Euskaltel-Euskadi, je retiendrais les victoires d’étape de Mikel Astarloza sur le Tour de France (en 2009, Astarloza sera déclassé pour dopage) et de Mikel Nieve à Gardeccia lors du Tour d’Italie 2011. J’ajouterais également le derniers succès de Joane Somarriba sur le Tour de France féminin que j’avais pu suivre. Ce sont les seules fois où les larmes me sont montées aux yeux. J’étais pris par l’émotion, même dans la voiture ! J’ai vécu d’autres moments complétements fous, mais ce sont ceux que l’on ne peut pas raconter… »

Un avenir incertain

« Pour le moment, je suis en pour parler avec certaines équipes cyclistes professionnelles afin de savoir s’il leur reste une place de mécanicien pour 2014. Pour le moment, personne ne m’a encore rien confirmé. J’espère que je pourrais de nouveau travailler pour une équipe professionnelle. J’attends… »

 

« Pratiquement tous les souvenirs sont très agréables. Parmi eux, je garderais en mémoire ceux de l’époque d’Orbea, avec Jon Odriozola. Dans cette équipe, nous étions comme une famille et nous avions une superbe ambiance. C’était un bon groupe de travail. Le staff et l’équipe étaient très jeunes, mais très professionnels. Il y a aussi des victoires qui te marquent beaucoup. Comme j’ai pu vous le dire précédemment avec Nieve ou Astarloza. Ces victoires te marquent surtout parce que tu es dans la voiture, juste derrière le coureur avec un Directeur Sportif qui te fait partager les décisions qui se prennent en course. Le DS te consulte tout le temps.

Tout a été vidé. Euskaltel n'est plus.

Dans ces moments-là, tu as l’impression de contribuer à cette victoire. Comme si cette victoire était la tienne. Le travail avec les directeurs sportifs te fait apprendre beaucoup de choses d’eux : Jon Odriozola, Gorka Gerrikagoitia, Domenico Cavallo. Ce sont des DS qui t’apprennent énormément tant sur la tactique que sur la manière de dire les choses aux coureurs. Ils savent transmettre leur savoir, parler à leurs coureurs et ces coureurs sont convaincus de ce qu’on leur dit. »

« Ils nous ont mentis ! »

« Pour toutes les personnes de l’équipe, ce fût très difficile d’apprendre l’arrêt du sponsor Euskaltel. Ils nous avaient promis un contrat de quatre ans et au bout de cinq mois, ils nous ont dit qu’ils allaient fermer l’équipe ! Nous nous sommes tous sentis trahis. Je crois que certains responsables nous ont beaucoup mentis et je doute que l’on sache, un jour, les véritables raisons de la disparition de notre équipe… »

« C’est un moment compliqué tant pour les coureurs que pour l’encadrement présent. Je pense que c’est pire pour les quelques coureurs qui ne retrouveront pas d’équipe pour la saison prochaine car s’ils sont amenés à passer une saison blanche, c’est probable qu’ils arrêtent leur carrière dans la foulée. En revanche, pour le staff technique, si on doit prendre une année sabbatique, on aura toujours la possibilité d’intégrer une autre équipe au cours de la saison ou pour la saison prochaine. »

Fernando Alonso aurait pu sauver Euskaltel

Le rachat d’Alonso : simple rumeur ?

Le célèbre pilote de Formule 1 s’était positionné en sauveur de la structure basque. Quel ne fût pas l’étonnement et la joie des cyclistes à l’annonce de cette possibilité de sauvetage d’Euskaltel. Malheureusement, après avoir racheté la licence de l’équipe d’Igor de Galdeano, le pilote Ferrari n’a pas pu concrétiser ses ambitions. Luis Lamas nous révèlent la vérité du dossier Alonso :

« Au début, lorsque nous avons appris la nouvelle que Fernando Alonso pourrait racheter l’équipe, nous étions vraiment tous très heureux ! Mais au fil des jours, nous avons vu que personne, dans l’entourage d’Alonso n’entrait en contact avec nous pour poursuivre l’activité d’Euskaltel – Euskadi. Tout le monde avait une information sauf nous. J’ai l’impression que personne n’est venu nous parler alors que certains dirigeants d’autres équipes sont allés trouver Alonso. Bref, il y avait beaucoup d’incertitude et d’incompréhension. Finalement, je crois que les conseillers de Fernando ont rencontré des choses troubles suites à l’audit qu’ils ont réalisé auprès de la formation Euskaltel. Les exigences requises pour racheter l’équipe n’étaient pas en adéquation avec les moyens d’Alonso. C’est pour ça qu’il a reculé face à son projet de rachat. J’aurais fait la même chose que lui ! »

L'histoire s'arrête là pour Euskaltel, Sojasun & Vacansoleil

Le mal-être de la petite reine…

Alors que Luis Lamas profite de cette fin de saison pour se reposer et prendre du temps loin des courses de vélo, qu’il côtoie tout au long de l’année, il est déjà rattrapé par son avenir. Que fera-t-il en 2014 ? Parviendra-t-il à trouver un nouvel employeur dans le monde du cyclisme professionnel ? Alors que la réforme du WorldTour arrive à grand pas, les finances de la petite reine vont mal. Outre les coureurs, les équipes techniques ne vont pas tous pouvoir poursuivre leur aventure. Si certains continueront leur activité loin des professionnels, d’autres n’auront peut-être pas cette chance. Au revoir Sojasun. Au revoir Vacansoleil. Adios Euskaltel – Euskadi. Le cyclisme s’enlise-t-il dans une spirale négative? Le champion olympique 2008 est pour l’instant sans contrat pour la saison prochaine. Et tous les autres ? Ces équipiers, ces porteurs d’eau, ces néo-pros qui n’auront pas eu le temps ou l’opportunité de briller. Auront-ils à nouveau une chance ? Ô qataris qu’attendez-vous ? Ô investisseurs où êtes-vous ? Le cyclisme risque d’avoir besoin de vous, vite, très vite !

Propos recueillis en espagnol par Josselin Riou 

¡ Aupa Euskaltel!

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